Caen ça swing -

LE SAVOY BALLROOM : « the home of the happy feet »

Avant de commencer la lecture, je vous invite à lancer ce morceau pour vous imprégner de la musique, et de l’ambiance.

Billie Holiday & Count Basie, swing Brother, swing, version enregistrée en 1937 au Savoy  https://www.youtube.com/watch?v=9HzTt3Zn26s&feature=youtu.be

Nous sommes en 1926 aux Etats-Unis et plus précisément le 12 mars. Calvin Coolidge dirige le pays, la prohibition est instaurée ; Al Capone, Franck Costello, Lucky Luciano etc. sont à la tête de la mafia américaine.

Quelque part entre la 140ème et la 141ème rue, sur Lenox Avenue, à Harlem – New York, c’est une toute autre ambiance. Des milliers de personnes se massent devant les portes d’un nouveau club le « Savoy Ballroom ». Ce dancing ouvre ses portes sous la direction de deux hommes : Moe Gale et Charles Buchanan (à ne pas confondre avec Mitch Buchannon, célèbre danseur des plages de Malibu). Ce soir-là, 2 000 personnes se voient refuser l’entrée faute de place (capacité d’accueil : 4 000 personnes) !

A l’intérieur, la couleur rose domine, les murs sont recouverts de miroirs, au sol un parquet en érable et deux estrades permettant à deux orchestres de jouer en alternance. Charles Buchanan, homme d’affaires et défenseur des droits civiques noirs, souhaite offrir aux milliers de danseurs un lieu où se retrouver et partager la passion de la danse et de la musique dans un dancing luxueux et raffiné. Attention c’était tenue correcte exigée (on oublie les baskets).

Le Savoy Ballroom a été pensé sur le modèle du Roseland Ballroom (club de danse new-yorkais réservé aux blancs, ouais nous sommes en pleine période de ségrégation). Cependant, le Savoy a une particularité, il accueille aussi bien la communauté noire que blanche.

Tous les soirs de la semaine, la foule s’y presse ! Quasiment tous les grands orchestres noirs jouent un jour ou l’autre au Savoy Ballroom de Harlem : Charlie Johnson, King Oliver, Duke Ellington, Cab Calloway, Louis Armstrong, Jimmie Lunceford, Benny Carter, Coleman Hawkins, Charlie Barnet et Tommy Dorsey, Count Basie ainsi que Chick Weeb, considéré comme le roi du Savoy.

D’ailleurs Edgar Sampson composera en 1934 le morceau Stompin’ at the Savoy en hommage au lieu.

Version de Ella Fitzgerald & Louis Armstrong, Stompin’ at the Savoy – 1956  https://www.youtube.com/watch?v=Dk1toxG81nY

     

Imaginiez cette vaste piste de danse, des orchestres qui jouent à tout rompre et offrent tous les soirs au public l’occasion de mettre au point de nouvelles danses comme le truckin, le Flying Charleston, le Lindy Hop (tiens tiens), ainsi que le Big Apple (et beaucoup d’autres).

  

Les meilleurs danseurs, se rassemblent sur le parquet pour se mesurer dans de grandes compétitions. On y croise les premiers grands « Savoy Lindy Hopers » tel que George « Shorty » Snowden (qui inventa son fameux pas éponyme https://www.youtube.com/watch?v=sYjT1gtQM9c ), Leroy « Strech » Jones, puis Frankie Manning autre star des « jams » improvisés et un des pères fondateurs du Lindy Hop. En 1935, lors d’une compétition, Frankie Manning et sa partenaire Freda Washington effectuent sur la musique Down South Camp Meeting, la première figure acrobatique jamais réalisée un « back to back roll » et éliminent Shorty et sa partenaire Big Bea sous le regard de plus de 2 000 personnes !

Fletcher Henderson et son orchestre, Down South Camp Meeting – 1934  https://www.youtube.com/watch?v=mjqNXv4Z5lw

C’est dans ce lieu que naitra les « Whitey’s Lindy Hoppers », talentueuses-eux danseuses et danseurs de Lindy Hop qui tournèrent dans le film Hellzapoppin (entre autres) de H.CPotter en 1941.

Voici une scène tirée de ce film, qui vous donnera un aperçu de ce qui pouvait se faire au Savoy en termes d’acrobaties :

https://www.youtube.com/watch?v=qzc7vY9VTnk

(Frankie Manning en salopette, apparait à 4ème minute avec sa partenaire Ann Johnson.)

Aujourd’hui le Savoy Ballroom n’existe plus (il a fermé ses portes en 1958), mais il reste à ce jour le plus beau dancing de l’histoire, un lieu unique où noirs et blancs se côtoyaient et partageaient une même passion pour la musique et la danse et que tous amateurs de jazz et de danse auraient voulu connaitre.

En 2002, Norma Miller et Frankie Manning (derniers membres des Whitey’s Lindy Hoppers) firent installer une plaque commémorative entre la 140ème et 141ème rue.

« Bien qu’Harlem l’ai créé, le Lindy appartient à tout le monde »

Norma Miller